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mercredi 6 mai 2009

Dans le Monde Diplomatique...

Eloge des révolutions

Deux cent vingt ans après 1789, le corps de la Révolution bouge encore. François Mitterrand avait pourtant convié Mme Margaret Thatcher et Joseph Mobutu à en vérifier la mise en bière lors des cérémonies du bicentenaire. Dès lors que l’année de la commémoration fut aussi celle de la chute du mur de Berlin, Francis Fukuyama annonça la « fin de l’histoire », c’est-à-dire l’éternité de la domination libérale sur le monde et la fermeture, à ses yeux définitive, de l’hypothèque révolutionnaire. Mais la crise du capitalisme ébranle à nouveau la légitimité des oligarchies au pouvoir. L’air est plus léger, ou plus lourd, selon les préférences. Evoquant « ces intellectuels et artistes qui appellent à la révolte », Le Figaro se désole déjà : « François Furet semble s’être trompé : la Révolution française n’est pas terminée (1). »

Comme beaucoup d’autres, l’historien en question n’avait pourtant pas ménagé sa peine pour en conjurer le souvenir et pour en éloigner la tentation. Autrefois tenue pour l’expression d’une nécessité historique (Marx), d’une « ère nouvelle de l’histoire » (Goethe), d’une épopée qu’avaient ouverte ces soldats de l’an II chantés par Hugo — « Et l’on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes sur le monde ébloui » —, on ne montrait plus d’elle que le sang sur ses mains. De Rousseau à Mao, une utopie égalitaire, terroriste et vertueuse, aurait piétiné les libertés individuelles, accouché du monstre froid de l’Etat totalitaire. Puis, la « démocratie » s’était ressaisie et l’avait emporté, enjouée, paisible, de marché. Héritière de révolutions elle aussi, seulement d’un autre ordre, à l’anglaise ou à l’américaine, plus politiques que sociales, « décaféinées (2) ».

On avait également décapité un roi outre-Manche. Mais la résistance de l’aristocratie y ayant été moins vigoureuse qu’en France, la bourgeoisie n’éprouva pas la nécessité de faire alliance avec le peuple pour asseoir sa domination. Dans les milieux favorisés, un tel modèle, sans va-nu-pieds ni sans-culottes, apparaissait plus distingué et moins périlleux que l’autre. Présidente du patronat français, Mme Laurence Parisot ne trahissait donc pas le sentiment de ses mandants en confiant à un journaliste du Financial Times : « J’adore l’histoire de France, mais je n’aime pas beaucoup la Révolution. Ce fut un acte d’une violence extrême dont nous souffrons encore. Il a obligé chacun d’entre nous à être dans un camp. » Elle ajouta : « Nous ne pratiquons pas la démocratie avec autant de succès que l’Angleterre (3). »

« Etre dans un camp » : ce type de polarisation sociale est fâcheux quand il faudrait au contraire, surtout en temps de crise, se montrer solidaire de son entreprise, de son patron, de sa marque — mais en demeurant chacun à sa place. Car, aux yeux de ceux qui ne l’apprécient guère, le tort principal de la révolution n’est pas la violence, un phénomène tristement banal dans l’histoire, mais, chose infiniment plus rare, le bouleversement de l’ordre social qui intervient à l’occasion d’une guerre entre nantis et prolétaires.

En 1988, à la recherche d’un argument massue, le président George Herbert Bush tança son adversaire démocrate, M. Michael Dukakis, un technocrate parfaitement inoffensif : « Il veut nous diviser en classes. Ça c’est bon pour l’Europe, mais ce n’est pas l’Amérique. » Des classes, aux Etats-Unis, on mesure l’horreur d’une telle accusation ! Au point que vingt ans plus tard, au moment où l’état de l’économie américaine paraîtrait imposer des sacrifices aussi inégalement répartis que le furent les bénéfices qui les précédèrent — un vers de l’Internationale réclame que « le voleur rende gorge »... —, l’actuel locataire de la Maison Blanche a jugé urgent de désamorcer la colère populaire : « L’une des leçons les plus importantes à tirer de cette crise est que notre économie ne fonctionne que si nous sommes tous ensemble. (...) Nous n’avons pas les moyens de voir un démon en chaque investisseur ou entrepreneur qui essaie de réaliser un profit (4). » Contrairement à ce que prétendent certains de ses adversaires républicains, M. Barack Obama n’est pas un révolutionnaire...

« La révolution, c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » Ainsi parlait Mitterrand en 1971. Depuis, les conditions d’adhésion au Parti socialiste (PS) sont devenues moins draconiennes, puisqu’elles ne rebutent ni le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), M. Dominique Strauss-Kahn, ni celui de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), M. Pascal Lamy. L’idée d’une révolution a également reflué ailleurs, y compris dans les formations les plus radicales. La droite s’est alors emparée du mot, apparemment encore porteur d’espérance, pour en faire le synonyme d’une restauration, d’une destruction des protections sociales conquises, voire arrachées, contre l’« ordre établi » (lire « Jeunes sarkozystes au poing levé »).

On reproche leur violence aux grandes révolutions. On s’offusque par exemple du massacre des gardes suisses à l’occasion de la prise des Tuileries en août 1792, ou de celui de la famille impériale russe en juillet 1918 à Iekaterinbourg, ou de la liquidation des officiers de l’armée de Tchang Kaï-chek après la prise du pouvoir par les communistes chinois en 1949. Mais mieux vaudrait alors ne pas avoir précédemment occulté les famines de l’Ancien Régime sur fond de bals à Versailles et de dîme extorquée par les prêtres ; les centaines de manifestants pacifiques de Saint-Pétersbourg fauchés un « dimanche rouge » de janvier 1905 par les soldats de Nicolas II ; les révolutionnaires de Canton et de Shanghaï précipités vivants, en 1927, dans les chaudières des locomotives. Sans rien dire des violences quotidiennes de l’ordre social qu’on entendait autrefois mettre bas.

L’épisode des révolutionnaires brûlés vifs n’a pas seulement marqué ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Chine, il est connu des millions de lecteurs de La Condition humaine. Car, pendant des décennies, les plus grands écrivains, les plus grands artistes ont fait corps avec le mouvement ouvrier pour célébrer les révolutions, les lendemains qui chantent. Y compris, c’est vrai, en minorant les déconvenues, les tragédies, les petits matins blêmes (police politique, culte de la personnalité, camps de travail, exécutions).

Depuis trente ans, en revanche, on ne parle plus que de cela ; c’est même recommandé pour réussir à l’université, dans la presse, et pour briller à l’Académie. « Qui dit révolution dit irruption de la violence, explique ainsi l’historien à succès Max Gallo. Nos sociétés sont extrêmement fragiles. La responsabilité majeure de qui a accès à la parole publique est de mettre en garde contre cette irruption (5). » Furet estimait pour sa part que toute tentative de transformation radicale était totalitaire ou terroriste. Il en concluait que « l’idée d’une autre société est devenue presque impossible à penser (6) ». On conçoit qu’une telle impossibilité ne contrariait pas la plupart de ses lecteurs, protégés des orages par une existence agréable de dîners et de débats.

« ... mais c’est nous qui avions
les plus belles chansons »

La phobie des révolutions et son corollaire, la légitimation de l’ordre établi, dénichèrent bien d’autres relais que Gallo et Furet. Qu’on pense ici au choix des médias, cinéma compris. Depuis trente ans, ils ont voulu établir qu’hors la démocratie libérale on ne trouvait que régimes tyranniques et connivence entre eux. La place faite au pacte germano-soviétique l’emporta donc largement sur celle réservée à d’autres alliances contre nature, tels les accords de Munich et la poignée de main entre Adolf Hitler et Neville Chamberlain. Le nazi et le conservateur communiaient au moins dans la haine des fronts populaires. Et cette même peur de classe inspira les aristocrates de Ferrare et les maîtres de forges de la Ruhr lorsqu’ils favorisèrent l’arrivée au pouvoir de Benito Mussolini et du IIIe Reich (7). Cela, est-il encore permis de le rappeler ?

Dans ce cas, allons plus loin… Tout en théorisant avec éclat son refus d’une révolution de type soviétique, qualifiée par un de ses amis de « blanquisme à la sauce tartare », une figure aussi respectée par les professeurs de vertu que Léon Blum a réfléchi aux limites d’une transformation sociale dont le suffrage universel serait le seul talisman. « Nous ne sommes pas bien sûrs, prévenait-il en 1924, que les représentants et dirigeants de la société actuelle, au moment où ses principes essentiels leur paraîtraient trop gravement menacés, ne sortent pas eux-mêmes de la légalité. » Les transgressions de ce genre n’ont en effet pas manqué depuis, du pronunciamiento de Francisco Franco en 1936 au coup d’Etat d’Augusto Pinochet en 1973, sans oublier le renversement de Mohammad Mossadegh en Iran en 1953. Le chef socialiste soulignait au demeurant que « jamais la République n’a été proclamée, en France, par la vertu d’un vote légal rendu dans les formes constitutionnelles. Elle fut installée par la volonté du peuple insurgé contre la légalité existante (8) ».

Désormais invoqué pour disqualifier d’autres formes d’intervention collective (dont les grèves dans les services publics, assimilées à des prises d’otages), le suffrage universel serait devenu l’alpha et l’oméga de toute action politique. Les questions que Blum se posa à son propos n’ont pourtant guère vieilli : « Est-il aujourd’hui une pleine réalité ? L’influence du patron et du propriétaire ne pèse- t-elle pas sur les électeurs, avec la pression des puissances d’argent et de la grande presse ? Tout électeur est-il libre du suffrage qu’il émet, libre par la culture de sa pensée, libre par l’indépendance de sa personne ? Et, pour le libérer, ne faudrait-il pas précisément une révolution (9) ? » Il se murmure que le verdict des urnes a cependant déjoué dans trois pays européens — les Pays-Bas, la France, l’Irlande — les pressions conjointes du patronat, des puissances d’argent, de la presse. Pour cette raison même, on n’en a tenu aucun compte...

« Nous avons perdu toutes les batailles, mais c’est nous qui avions les plus belles chansons. » Ce propos, dont l’auteur serait un combattant républicain espagnol cherchant refuge en France après la victoire de Franco, résume à sa manière le problème des conservateurs et de leur lancinante pédagogie de la soumission. Simplement dit, les révolutions laissent dans l’histoire et dans la conscience humaine une trace indélébile, y compris quand elles ont échoué, y compris quand on les a déshonorées. Elles incarnent en effet ce moment si rare où la fatalité se soulève, où le peuple prend l’avantage. D’où leur résonance universelle. Car, chacun à sa manière, les mutins du Potemkine, les rescapés de la Longue Marche, les barbudos de la Sierra Maestra ressuscitèrent cette geste des soldats de l’an II qui suggéra à l’historien britannique Eric Hobsbawm que « la Révolution française a révélé la puissance du peuple d’une façon qu’aucun gouvernement ne s’est jamais autorisé à oublier — ne serait-ce que par le souvenir d’une armée improvisée de conscrits non entraînés, mais victorieuse de la puissante coalition formée par les troupes d’élite les plus expérimentées des monarchies européennes (10) ».

Prévenir les restaurations
conservatrices nées du savoir

Il ne s’agit pas seulement d’un « souvenir » : le vocabulaire politique moderne et la moitié des systèmes juridiques du monde s’inspirent du code que la Révolution a inventé. Et qui pense au tiers-mondisme des années 1960 (lire Alain Gresh, « Indestructible rêve d’un monde meilleur ») peut se demander si une part de sa popularité en Europe ne vint pas du sentiment de reconnaissance (au double sens du terme) qu’il fit naître. L’idéal révolutionnaire, égalitaire, émancipateur des Lumières paraissait alors renaître dans le Sud, en partie grâce à des Vietnamiens, des Algériens, des Chinois, des Chiliens qui avaient fait leurs classes sur le Vieux Continent.

L’Empire s’empâtait, d’anciennes colonies prenaient le relais, la révolution continuait. La situation actuelle est différente. L’émancipation de la Chine ou de l’Inde, leur affirmation sur la scène internationale suscitent çà et là curiosité et sympathie, mais elles ne renvoient à aucune espérance « universelle » liée, par exemple, à l’égalité, au droit des opprimés, à un autre modèle de développement, au souci de prévenir les restaurations conservatrices nées du savoir et de la distinction.

Si l’engouement international que suscite l’Amérique latine est plus grand, c’est que l’orientation politique y est à la fois démocratique et sociale (lire Maurice Lemoine, « Cette Amérique latine qui assume l’affrontement »). Une certaine gauche européenne a justifié depuis vingt ans la priorité qu’elle accorde aux demandes des classes moyennes en théorisant la fin de la « parenthèse révolutionnaire », l’effacement politique des catégories populaires. Les gouvernants du Venezuela ou de la Bolivie remobilisent au contraire ces dernières en leur prouvant que leur sort est pris en compte, que leur destin historique n’est pas scellé, que le combat continue en somme.

Pour souhaitables qu’elles demeurent, les révolutions sont rares. Elles supposent à la fois une masse de mécontents prêts à agir ; un Etat dont la légitimité et l’autorité se trouvent contestées par une fraction de ses partisans habituels (en raison de son impéritie économique, ou de son incurie militaire, ou des divisions internes qui le paralysent puis le disloquent) ; enfin, la préexistence d’idées radicales de remise en cause de l’ordre social, extrêmement minoritaires au départ (lire Laurent Bonelli, « En 1789, subversifs malgré eux »), mais auxquelles pourront se raccrocher tous ceux dont les anciennes croyances ou loyautés ont été dissoutes (11).

L’historienne américaine Victoria Bonnell a étudié les ouvriers de Moscou et de Saint-Pétersbourg à la veille de la première guerre mondiale. Comme il s’agit du seul cas où ce groupe social fut l’acteur majeur d’une révolution « réussie », sa conclusion mérite d’être rapportée : « Ce qui caractérise la conscience révolutionnaire est la conviction que les griefs ne peuvent être satisfaits que par la transformation des institutions existantes et par l’établissement d’une autre organisation sociale (12). » Autant dire que cette conscience n’apparaît pas spontanément, sans une mobilisation politique et un bouillonnement intellectuel préalables.

D’autant qu’en général, et c’est ce à quoi on assiste à l’heure actuelle (lire Michael Klare, « Géopolitique de l’effervescence »), la demande des mouvements sociaux est d’abord défensive. Ils entendent rétablir un contrat social qu’ils jugent violé par les patrons, les propriétaires de terres, les banquiers, les gouvernants. Le pain, le travail, un logement, des études, un projet de vie.Pas (encore) un « avenir radieux », mais l’« image d’un présent débarrassé de ses aspects les plus douloureux (13) ». C’est seulement ensuite, quand l’incapacité des dominants à remplir les obligations qui légitiment leur pouvoir et leurs privilèges devient manifeste, que la question est parfois posée, au-delà des cercles militants, de savoir « si les rois, les capitalistes, les prêtres, les généraux, les bureaucrates, conservent une utilité sociale (14) ». On peut parler alors de révolution. La transition d’une étape à l’autre peut intervenir vite — deux ans en 1789, quelques mois en 1917 — ou ne jamais se faire.

Question posée en 1977 :
pourquoi l’URSS est-elle donc si stable ?

Depuis près de deux siècles, des millions de militants politiques ou syndicaux, d’historiens, de sociologues ont examiné les variables qui déterminent l’issue : la classe dirigeante est-elle divisée et démoralisée ? son appareil répressif intact ? les forces sociales qui aspirent au changement, organisées et capables de s’entendre ? Nulle part ces études n’ont été plus fournies qu’aux Etats-Unis, où il s’agissait souvent de comprendre les révolutions, d’admettre tout ce qu’elles avaient apporté, mais pour en conjurer la perspective effroyable.

La fiabilité de ces travaux s’est révélée... aléatoire. En 1977, par exemple, on se souciait avant tout de l’« ingouvernabilité » des sociétés capitalistes. Et par contraste on s’interrogeait : pourquoi l’URSS est-elle si stable ? Dans ce dernier cas, les explications se bousculaient : préférence des dirigeants et de la population soviétique pour l’ordre et la stabilité ; socialisation collective confortant les valeurs du régime ; nature non cumulative des problèmes à résoudre, ce qui permettait au parti unique de manœuvrer ; bons résultats économiques qui contribuaient à la stabilité recherchée ; progression du niveau de vie ; statut de grande puissance, etc. (15). Déjà immensément célèbre, le politologue de Yale Samuel Huntington n’avait plus qu’à conclure à partir de cette moisson d’indices concordants : « Aucun des défis prévus dans les prochaines années ne semble qualitativement différent de ceux auxquels le système soviétique a déjà réussi à répondre (16). »

Chacun connaît la suite...

Serge Halimi.

samedi 14 février 2009

Un pôle commercial à Fleurimont? Entrevue avec la CSMV.

Lors du premier conseil de l'année 2009 de la ville de Sherbrooke, c'est des propriétaires de commerces et le président de la chambre de commerce qui venaient s'exprimer devant une salle rempli de sympathisantEs: Fleurimont a besoin d'un pôle commercial. Pourquoi? pour le commerce local et pour le développement durable... et aussi pour protéger les investissements.

Nous avons eu une porte-parole de la Coalition Sherbrooke Milieu de Vie -Julie Dionne- en entrevue afin de connaître leur points de vu sur ce projet. La CSMV (milieudevie.com) a été à l'initiative d'un mouvement municipale de contestation du plan d'urbanisme qui était proposé par l'équipe du Maire Jean Perrault.



Logo de la Coalition Sherbrooke Milieu de Vie

L'enjeu de l'aménagement général de la ville de Sherbrooke a à ce moment été popularisé. C'est alors que des citoyens et des citoyennes se sont regroupéEs autour de la CSMV jusqu'à la victoire du NON avec une différence d'environ 6 000 voix. S'en est suivit de la part de la ville une série de consultations sous le projet de consultation municipal Dialogue-Citoyen (http://www.dialoguesherbrooke.ca/), un espèce de BAPE municipale, mais un peu plus participatif.

Logo du Comité Dialogue-citoyens
Le mandat du comité:
"une démarche inédite et prometteuse". On ne pourrait pas en dire autant pour son logo, presque calqué sur celui de la Coalition Citoyenne CSMV! Il s'agit pourtant de deux organisations différentes!

Divisé en comité, ce processus de consultation à donné lieu à des recommandations. Le pôle commercial de Fleurimont n'y faisait pas partie.
C'est alors qu'un comité citoyen pro-pôle commercial s'est formé et a mobilisé par - l'entermise des publi-sacs - pour aller se présenter au conseil. Des commerçantEs et de résidentEs y sont venu qualifier une surface commerciale de 400 000 pieds carrés de commerce local et de projet de développement durable car les résidentEs n'auront plus à passer 20 minutes dans leur auto pour aller consommer. Après avoir entendu le président de la chambre de commerce de l'Est affirmer vouloir " être riche et en santé [plutôt] que pauvre et malade" , le vice-propriétaire d'une énorme épicerie METRO en parler en faveur au nom des résidentEs et recevoir une pétition pro-pôle de 1000 noms (malgré une pétition contraire de 2000 noms) les éluEs Fleurimontois-es se sont ouvertement et sans trop d'hésitation, expriméEs en faveur du pôle commercial. Plus récemment, c'est avec un projet de consultation appelé Chantier 2009 et un sondage que les éluEs cherchent à montrer l'appuie populaire face au projet qu'ils défendent.

La porte-parole de la CSMV tente ici de déconstruire ces arguments et d'inviter la population Fleurimontoise à penser d'une manière plus approfondie au projet.


voir aussi
dans la Presse Estrienne
Mobilisation pour réclamer la création d'un pôle commercial en bordure de la rue King Est
Oui au pôle commercial de Fleurimont et à l'axe René-Lévesque
Développement commercial dans Fleurimont: Sherbrooke erre selon la Coalition
sur le CMAQ
Une coalition citoyenne toujours en lutte contre la mairie de Sherbrooke
Là où l’automobiliste-consommateur est roi! (La lutte continue à Sherbrooke)

lundi 29 septembre 2008

Encore..


Les anarchistes, de manière générale, oppose à la démocratie ''bourgeoise'' la démocratie directe. Ce qui explique pourquoi nous refusons de nous présenter aux urnes pour faire valoir notre fameux ''devoir'' de citoyen. Nous refusons de cautionner un pouvoir qui ne correspond pas aux besoins réels du peuple et qui de toute manière décide sans nous consulter, et pire, en nous réprimant lorsque nous manifestons notre mécontentement.
Je met ici un texte de Francis Dupuis-Déry, professeur de science politique à l'uqam et militant anarchiste, qui aborde le sujet de l'abstentionnisme électoral. L'article provient de journal Alternatives. Pour ceux et celles qui en veulent d'avantage, je met ici le lien vers un autre article du même auteur sur le même sujet qui avait été publié dans Le Devoir.

L’abstentionnisme sacrilège

lundi 27 février 2006 par Francis DUPUIS-DERI

« Ce n’est pas très édifiant », jugeait Bernard Derome sur les ondes de Radio-Canada en discutant du taux d’abstention aux élections fédérales. Près de 40 % des personnes inscrites sur les listes électorales n’ont pas daigné voter lors de certains scrutins. Les abstentionnistes forment donc régulièrement la faction majoritaire. Voter, répète-t-on pourtant, serait l’ultime « devoir du citoyen ». Pour accentuer la culpabilité des abstentionnistes, on leur rappelle que des gens sont morts - et ont tué - pour obtenir le droit de vote. Un argument creux. Toutes les causes politiques ont su convaincre des partisans de sacrifier leur vie, dont la lutte contre l’élargissement du droit de vote. Affirmer que l’abstention mine la légitimité de l’État n’est pas plus convainquant, puisque malgré l’abstentionnisme massif, le gouvernement continue de se déclarer autorité suprême et légitime, représentant de toute la nation et lui impose ses lois et décrets, signe en son nom des traités, etc.

Renversons le problème et questionnons la rationalité du vote. Vote-t-on pour se draper d’une image respectable ? Pour savourer l’illusion que notre vote a une réelle incidence ? Parce qu’un leader charismatique nous séduit ? Ou parce que l’État nous apprend à voter dès l’enfance ? La Direction générale des élections (DGE), au Québec, travaille en effet en collaboration avec le ministère de l’Éducation pour offrir du matériel pour les élections des conseils d’élèves, y compris des urnes officielles, un Guide de l’électeur et de l’électrice du conseil d’élèves, et des manuels explicatifs et historiques pour le corps enseignant. L’analyse de ces documents révèle une volonté explicite de nous former à voter dès notre enfance. Le discours au sujet des élections des conseils d’élèves fonctionne en trois temps : (1) convaincre l’élève que « l’électeur est l’acteur central du système électoral » ; (2) former l’élève à voter (l’élection d’un conseil est « une activité de formation ») ; (3) développer le respect des institutions (« amener l’élève à respecter [...] les principes de la démocratie »). Cette « formation » politique passe à la trappe du silence la simple vérité que c’est l’élu qui gouverne l’électeur, bien impuissant entre deux élections. C’est le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui notait, dans Du contrat social, qu’un peuple qui vote « pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » Sont également passées à la trappe de l’oubli les autres formes d’action politique : prise de parole publique, pétition, boycott, lobbying, débrayage, mobilisation de mouvements sociaux, etc. Quand des élèves s’organisent pour contester un enseignant ou la direction, c’est considéré comme un manque de respect à l’autorité plutôt que de l’autoformation politique. Cette « formation » évacue enfin des conceptions plus participatives de la démocratie. Pourquoi les élèves doivent-ils se choisir des représentants, alors que leur nombre restreint par classe permettrait, par exemple, un apprentissage de la démocratie directe ?

Un slogan officiel affirme « Je pense, donc je vote ! », comme si l’abstention relevait de l’absence de pensée. Il y a pourtant de bonnes raisons de ne pas voter. Aucun parti ne représente notre sensibilité. Notre parti ou candidat favori n’a aucune chance de l’emporter. Un individu a moins de chance d’influencer le résultat final par son vote que de gagner le gros lot de Loto-Québec ! Sébastien Dubé, qui prépare une thèse de doctorat sur le sujet en science politique, à l’Université de Montréal, conclue d’ailleurs que l’abstention, « c’est la faute des politiciens. L’offre des partis et le comportement de certains politiciens donnent à plusieurs de bonnes raisons » de ne pas voter (cité dans Forum). Au-delà du sacrilège abstentionniste, ce qui est affligeant, c’est peut-être l’effort déployé pour culpabiliser les abstentionnistes et pour entretenir le mythe sacré du pouvoir de l’électeur. Ou encore notre difficulté à penser notre pouvoir politique autrement que sous la forme d’un X. Ou enfin le refus des politiciens de considérer la signification démocratique de l’abstention, et de gouverner sans broncher. Plutôt que de condamner sans nuance l’abstentionnisme, ne devrait-on pas en réfléchir le sens politique ? Ne devrions-nous pas supposer que certaines personnes se disent, et peut-être avec raison : « Je pense, donc je m’abstiens ! »


jeudi 24 juillet 2008

Vélorution ce vendredi!


Demain, dernier vendredi du mois, aura lieu la troisième Vélorution sherbrookoise de l'été. Cette manifestation prône l'utilisation du vélo et ce aux détriments de l'automobile qui depuis trop longtemps détient le monopole en milieu urbain. Le vélo, en plus d'être un moyen de transport plus adapté à l'échelle humaine et urbaine, génère chez ceux qui l'utilisent un équilibre mental, physique et environnemental. La ville ne pense aux vélos uniquement en fonction de leurs valeurs récréotouristique, chose qui fait saliver nos élus municipaux, sans y voir un moyen de transport efficaces. Il revient donc une fois de plus aux citoyens le devoir de rappeler à nos élus la nécessité du changement. C'est pourquoi chaque dernier vendredi du mois, les cyclistes de Sherbrooke sont invités à se ré approprier leurs espaces pour quelques heures de vélo dans les rues de la ville. Le rassemblement à lieu devant le marché de la gare, coin King et Belvédère, à 17h30, le départ se fait vers 18h00..

Visitez le blog de la Vélorution Sherbrookoise pour plus d'infos: http://velorutionsherbrooke.blogspot.com/

Et lisez l'article parut dans la Tribune sur l'événement.

jeudi 17 juillet 2008

Le criminel, c'est l'électeur!

Petit texte historique de la part d'Albert Libertad, militant anarchiste francais.

Placard anti-électoral, 1er mars 1906.
Publié par l’anarchie n°47 et signé Albert Libertad.

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes [sic]. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action [sic].

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur !

vendredi 6 juin 2008

Démocratie : choisir qui décide pour nous

Ce midi, pendant mon heure de break, je lisais les nouvelles sur internet, et je me suis ramassé, clic par-ci et clic par-là, sur le blogue du Courrier du Sud, journal de Quebecor dans le coin de Longueil. Un ptit texte intitulé Besoin d'opposition, dont le message général se résume dans la première phrase de l'article :
Le système démocratique repose sur l'équilibre des forces entre un parti au pouvoir et une opposition assez forte pour lui rappeler qu'il a des comptes à rendre et qu'il ne peut faire tout ce qui lui chante.

En tant que libertaire, ma vision de la démocratie n'est évidemment pas tout à fait celle énoncée ci-dessus (directe pour ma part, représentative pour la leur). Ce serait selon moi au gouvernement d'avoir peur du peuple; pas l'inverse. Pouvez lire une entrée sur le blogue des camarades de l'Union Locale de Montréal, référant elle-même à un texte d'Alternative Libertaire sur la question.


En continuant ma lecture de faits divers quotidiens, je tombe sur un titre intéressant : L'ABC de la démocratie à l'école Desranleau. Le temps d'afficher la page (internet pas très rapide à la job), je me mets à me demander de quoi ça peut parler, qu'est-ce que ces jeunes-là ont bien pu faire.

Surprise : encore de la démocratie représentative. Un vrai petit gouvernement : assemblée nationale, ministres, députéEs, tout le kit. Le plus drôle (ou triste, comme vous voulez), c'est "l'escouade des ambassadeurs de la paix" : des mini-flics! Ceux et celles-ci auront pour rôle "de distribuer des récompenses à leurs camarades qui ont une attitude positive dans la cour de récréation ou qui font de beaux gestes auprès de leurs camarades". Hâte de voir l'effet que ça aura sur les kid-shérifs en position d'autorité, s'ils et elles sauront s'en tenir à féliciter les meilleurEs citoyennes et citoyens. Et l'impact sur les jeunes en général qui sortiront de l'école en se rendant bien compte qu'en dehors de leur microsociété, les flics font pas de cadeaux, en plus d'avoir déjà bien avalé la pilule de la démocratie représentative, parce que c'est d'même que ça marche.