Affichage des articles dont le libellé est élection. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est élection. Afficher tous les articles

lundi 29 septembre 2008

Encore..


Les anarchistes, de manière générale, oppose à la démocratie ''bourgeoise'' la démocratie directe. Ce qui explique pourquoi nous refusons de nous présenter aux urnes pour faire valoir notre fameux ''devoir'' de citoyen. Nous refusons de cautionner un pouvoir qui ne correspond pas aux besoins réels du peuple et qui de toute manière décide sans nous consulter, et pire, en nous réprimant lorsque nous manifestons notre mécontentement.
Je met ici un texte de Francis Dupuis-Déry, professeur de science politique à l'uqam et militant anarchiste, qui aborde le sujet de l'abstentionnisme électoral. L'article provient de journal Alternatives. Pour ceux et celles qui en veulent d'avantage, je met ici le lien vers un autre article du même auteur sur le même sujet qui avait été publié dans Le Devoir.

L’abstentionnisme sacrilège

lundi 27 février 2006 par Francis DUPUIS-DERI

« Ce n’est pas très édifiant », jugeait Bernard Derome sur les ondes de Radio-Canada en discutant du taux d’abstention aux élections fédérales. Près de 40 % des personnes inscrites sur les listes électorales n’ont pas daigné voter lors de certains scrutins. Les abstentionnistes forment donc régulièrement la faction majoritaire. Voter, répète-t-on pourtant, serait l’ultime « devoir du citoyen ». Pour accentuer la culpabilité des abstentionnistes, on leur rappelle que des gens sont morts - et ont tué - pour obtenir le droit de vote. Un argument creux. Toutes les causes politiques ont su convaincre des partisans de sacrifier leur vie, dont la lutte contre l’élargissement du droit de vote. Affirmer que l’abstention mine la légitimité de l’État n’est pas plus convainquant, puisque malgré l’abstentionnisme massif, le gouvernement continue de se déclarer autorité suprême et légitime, représentant de toute la nation et lui impose ses lois et décrets, signe en son nom des traités, etc.

Renversons le problème et questionnons la rationalité du vote. Vote-t-on pour se draper d’une image respectable ? Pour savourer l’illusion que notre vote a une réelle incidence ? Parce qu’un leader charismatique nous séduit ? Ou parce que l’État nous apprend à voter dès l’enfance ? La Direction générale des élections (DGE), au Québec, travaille en effet en collaboration avec le ministère de l’Éducation pour offrir du matériel pour les élections des conseils d’élèves, y compris des urnes officielles, un Guide de l’électeur et de l’électrice du conseil d’élèves, et des manuels explicatifs et historiques pour le corps enseignant. L’analyse de ces documents révèle une volonté explicite de nous former à voter dès notre enfance. Le discours au sujet des élections des conseils d’élèves fonctionne en trois temps : (1) convaincre l’élève que « l’électeur est l’acteur central du système électoral » ; (2) former l’élève à voter (l’élection d’un conseil est « une activité de formation ») ; (3) développer le respect des institutions (« amener l’élève à respecter [...] les principes de la démocratie »). Cette « formation » politique passe à la trappe du silence la simple vérité que c’est l’élu qui gouverne l’électeur, bien impuissant entre deux élections. C’est le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui notait, dans Du contrat social, qu’un peuple qui vote « pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » Sont également passées à la trappe de l’oubli les autres formes d’action politique : prise de parole publique, pétition, boycott, lobbying, débrayage, mobilisation de mouvements sociaux, etc. Quand des élèves s’organisent pour contester un enseignant ou la direction, c’est considéré comme un manque de respect à l’autorité plutôt que de l’autoformation politique. Cette « formation » évacue enfin des conceptions plus participatives de la démocratie. Pourquoi les élèves doivent-ils se choisir des représentants, alors que leur nombre restreint par classe permettrait, par exemple, un apprentissage de la démocratie directe ?

Un slogan officiel affirme « Je pense, donc je vote ! », comme si l’abstention relevait de l’absence de pensée. Il y a pourtant de bonnes raisons de ne pas voter. Aucun parti ne représente notre sensibilité. Notre parti ou candidat favori n’a aucune chance de l’emporter. Un individu a moins de chance d’influencer le résultat final par son vote que de gagner le gros lot de Loto-Québec ! Sébastien Dubé, qui prépare une thèse de doctorat sur le sujet en science politique, à l’Université de Montréal, conclue d’ailleurs que l’abstention, « c’est la faute des politiciens. L’offre des partis et le comportement de certains politiciens donnent à plusieurs de bonnes raisons » de ne pas voter (cité dans Forum). Au-delà du sacrilège abstentionniste, ce qui est affligeant, c’est peut-être l’effort déployé pour culpabiliser les abstentionnistes et pour entretenir le mythe sacré du pouvoir de l’électeur. Ou encore notre difficulté à penser notre pouvoir politique autrement que sous la forme d’un X. Ou enfin le refus des politiciens de considérer la signification démocratique de l’abstention, et de gouverner sans broncher. Plutôt que de condamner sans nuance l’abstentionnisme, ne devrait-on pas en réfléchir le sens politique ? Ne devrions-nous pas supposer que certaines personnes se disent, et peut-être avec raison : « Je pense, donc je m’abstiens ! »


jeudi 17 juillet 2008

Le criminel, c'est l'électeur!

Petit texte historique de la part d'Albert Libertad, militant anarchiste francais.

Placard anti-électoral, 1er mars 1906.
Publié par l’anarchie n°47 et signé Albert Libertad.

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes [sic]. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action [sic].

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur !