Source: Agence France-PresseLa Grande-Bretagne envisageait de lancer une attaque chimique sur Tokyo presque un an avant que les bombardements nucléaires américains sur Hiroshima et Nagasaki ne mettent un terme à la Seconde guerre mondiale, selon des documents des archives britanniques déclassifiés vendredi.
Ce projet, resté caché au public pendant 65 ans, prévoyait l'usage de gaz chimique contre les civils japonais en 1944. S'il est resté à l'état d'ébauche, un mémorandum détaillé décrivait les mesures à adopter pour que l'attaque soit la plus meurtrière possible.
Dans ce document, le professeur Brunt esquisse la méthodologie d'une telle opération. Il suggère que des bombardements initiaux soient dirigés vers les zones urbaines les plus denses en constructions, en usant d'engins incendiaires «suffisants pour mettre le feu à ces larges zones».
Une fois que les immeubles inflammables de Tokyo ont été détruits, il estime que l'attaque au gaz «sur les rues les plus modernes» de la capitale peut commencer.
Il prévient cependant que la disposition des rues de Tokyo est peu propice à une telle opération. «Dans les zones denses en constructions de type japonais, où les rues sont étroites, le flux d'un nuage de gaz serait gêné par l'étroitesse des rues», écrit-il.
L'attaque est préconisée en été, en veillant à éviter les pluies estivales, car le froid peut diminuer les effets du gaz.
Dans les zones les plus densément peuplées de la capitale, «un très grand nombre de petites bombes» sera nécessaire, avertit-il également.
Selon Mark Dunton, historien attaché aux Archives nationales britanniques, ce document est intéressant car il montre que les Britanniques auraient pu «être en avant sur les Etats-Unis dans (leur) réflexion».
Les Etats-Unis ont lancé des bombes nucléaires sur les villes japonaises d'Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, tuant plus de 210 000 personnes. Moins d'une semaine après l'attaque sur Nagasaki, le Japon annonçait sa reddition le 15 août 1945, qui mettait fin à la Seconde guerre mondiale.
samedi 27 juin 2009
Brûler Tokyo, une idée anglaise
mardi 24 mars 2009
samedi 5 juillet 2008
Un journaliste de Québec sur la manif antimilitariste
JEAN-SIMON GAGNÉ : Petit guide de survie à la journée du 400e
Sans le spectacle présenté devant le parlement, en fin d’après-midi, la journée du 400e anniversaire aurait constitué un four. Un authentique flop. Un vrai de vrai.
D’abord à cause de la pluie, qui tombait tellement dru que les poissons du bassin Louise auraient pu se sortir la tête de l’eau tout en continuant à respirer. J’exagère. Car si la journée a failli être vraiment assommante, c’est surtout parce qu’une partie du programme «officiel» semblait avoir été planifiée par le sergent-major d’un régiment colonial, rapatrié de l’époque victorienne.
Le salut à Champlain, les discours empesés des grosses légumes, le défilé militaire, tout cela aurait pu se dérouler en 1908, voire en 1808.
Pire encore, certaines parties du sermon prononcé par l’archevêque de Québec, Mgr Ouellet, lors de la messe célébrée à la Basilique avaient l’air empruntées au XVIIe siècle...
En dehors des historiens ultra-spécialisés, qui d’autre que Mgr Ouellet attache encore de l’importance au fait que Champlain, un protestant à l’origine, soit devenu plus ou moins catholique, au fil du temps?
Cela rappelle les théologiens qui se chamaillaient pour déterminer si Jésus pouvait être propriétaire de sa tunique. Docteur, pouvez-vous faire quelque chose?
C’est en prêtant attention aux discours prononcés hier que l’on réalise à quel point la machine était détraquée.
Par exemple, pourquoi la gouverneure générale, Michaëlle Jean, s’acharne-t-elle à citer Pauline Julien et Gaston Miron, entre deux clichés sur le Canada? Bien sûr, l’œuvre de ces artistes considérables n’est pas réservée aux indépendantistes. Mais il y a des limites. On jurerait qu’elle veut s’approprier tous les symboles indépendantistes pour les vider de leur sens.
Et que dire des allusions du premier ministre Harper aux bonnes relations avec les peuples autochtones? A-t-il déjà oublié que son gouvernement a rejeté la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, l’an dernier? Le premier ministre français, François Fillon, a fait encore mieux. Sa tirade sur l’arrivée de Champlain, dans un pays «de bois épais, sans loi, peuplé d’Indiens», aurait pu être empruntée à un livre de bandes dessinées intitulé Bécassine chez les peaux rouges.
Heureusement qu’il y avait quelques manifestants pour rappeler que nous étions en 2008. Sans eux, on pouvait se croire en visite chez les Teletubbies, dans un pays où la guerre n’existe pas et où il y a du tubbydélice pour tout le monde.
Je vous en conjure, ne dites pas que le moment était mal choisi. Ou que certains manifestants étaient mal engueulés.
À écouter les uns et les autres, il n’y a JAMAIS de moment approprié pour manifester. Ni d’endroit convenable. Encore moins de manifestants assez polis. À part, peut-être, des gens qui défileraient en complet-cravate, au fond du troisième étage d‘un stationnement souterrain situé dans une lointaine banlieue, vers 23h, un dimanche d’hiver, en scandant des slogans rédigés en alexandrins?
J’ouvre ici une parenthèse pour rappeler que lors des fêtes du 300e de Québec, en 1908, un bris d’aqueduc avait privé d’eau une partie de la ville. Et vous savez ce que les journaux de l’époque avaient rétorqué à ceux qui voulaient exprimer leur mécontentement?
Je résume. «Pas le bon moment pour nous embêter. Vous ferez cela quand la visite sera partie.»
Un petit mot sur le travail de la police antiémeute. À titre de journaliste, j’ai couvert des manifestations en Israël, en Serbie, en Irlande du Nord, au Kosovo, en Roumanie, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Jamais, avant hier matin, des policiers ou des militaires n’avaient menacé de m’arrêter simplement pour avoir observé une manifestation.
S’il ne s’agissait que de ma petite personne, l’incident n’aurait guère d’importance. Sauf qu’hier, on pouvait entendre des policiers invectiver des manifestants, en utilisant des termes qu’on pourrait difficilement publier. Si ces policiers ne parviennent pas à garder leur sang-froid devant quelques dizaines de jeunes assez inoffensifs, comment réagiront-ils devant de vrais durs, durant une vraie crise?
lundi 2 juin 2008
Occupation israélienne à Hébron - racontée par d'anciens soldats
Dégoûté par ce qu’il a vu et vécu, Doron a décidé de parler, à l’inverse de la plupart des conscrits israéliens, qui s’empressent de partir sous les tropiques pour mieux oublier. Son témoignage figure avec une centaine d’autres dans un livret publié il y a quelques semaines par l’organisation Breaking the Silence (Rompre le silence). Depuis sa création en 2004, cette association, financée par l’Union européenne, a récolté les témoignages d’environ cinq cents anciens soldats, témoins des abus, petits ou grands, vicieux ou criminels, perpétrés par les troupes d’occupation israéliennes dans la région d’Hébron. Des exactions encouragées par le statut très particulier de cette cité qui abrite le tombeau d’Abraham et dont le centre est noyauté par 800 colons juifs, barricadés derrière un dédale de barrages militaires qui pourrit la vie des 160 000 autres habitants de la ville, tous Palestiniens.
“Ça m’est souvent arrivé de prendre la relève de collègues affectés à un barrage et de découvrir que des Palestiniens y sont bloqués et menottés depuis des heures, parce qu’ils ont soi-disant manqué de respect aux soldats“, dit Iftakh Arbel, 23 ans, une autre recrue de Breaking the Silence. Des humiliations, qui à la lecture du fascicule de l’association, apparaissent comme routinières. Il y a, par exemple, ce marchand d’accessoires automobiles chez lequel des soldats viennent se servir sans payer et dont ils menacent de fermer le magasin s’il ose déposer plainte. Il y a aussi cette unité qui, un jour de désoeuvrement, décide de casser les vitres d’une mosquée pour déclencher une émeute et s’offrir une tranche d’”action”. Et puis ce “jeu” que décrit l’un des témoins, consistant à arrêter quelques passants dans la rue et à les étrangler à tour de rôle tout en surveillant sa montre. “Le gagnant est celui qui met le plus de temps à s’évanouir.” Mais il y a plus grave. Le témoignage numéro 49, donné par un soldat qui entend conserver l’anonymat, décrit en détail le passage à tabac d’un jeune lanceur de pierres par un officier israélien. “Il l’a démonté, il l’a mis en pièces, raconte le témoin. Le gamin ne pouvait plus tenir sur ses jambes. Nous, on regardait, indifférents. C’est le genre de truc que l’on faisait tous les jours (…). A la fin, le commandant a mis le canon de son arme dans la bouche du gosse, juste devant sa mère, et a déclaré que la prochaine fois qu’il l’attrapait avec une pierre à la main, il le tuerait.”
Iftakh Arbel a touché de près ce processus d’aliénation qui transforme un bon gars en butor. “Tu alternes huit heures de garde et huit heures de repos pendant dix-huit jours. Ça t’épuise, tu t’ennuies à mourir. Tu te mets à haïr les colons à cause de toutes les horreurs qu’ils commettent et les Palestiniens aussi, parce que leur existence est la raison même de ta présence à Hébron. Alors tu essaies de t’occuper. Tu contrôles un Palestinien sans raison. Et s’il ose protester, tu te retrouves à le frapper, juste parce que tu as le pouvoir.”
Parfois le défouloir se solde par la mort d’un Palestinien. “C’était dans le camp de réfugiés d’Al-Fawwar, au début de l’année 2004, raconte Doron Efrati. Un gamin avait balancé un cocktail Molotov sur nos Jeep. Dans une situation pareille, la consigne c’est de viser le haut du corps, c’est-à-dire de tirer pour tuer, même si ce n’est pas dit explicitement. Le temps que l’on sorte de nos Jeep, le gamin avait disparu. Sur ordre de notre chef, une embuscade a été tendue. Le gamin a finalement été abattu par un sniper, plus de quarante minutes après avoir lancé son cocktail Molotov. Le commandant de la brigade a voulu ouvrir une enquête, mais l’un de ses supérieurs l’en a dissuadé.”
En réaction à la sortie du livret de Breaking the Silence, l’armée israélienne a parlé de “brebis galeuses“, “de témoignages anonymes invérifiables” et insiste sur son souci de juger tous les forfaits dont elle a connaissance. Fin avril, deux gardes frontières qui avaient tué un Palestinien en 2002, en le projetant hors de leur Jeep qui roulait à 80 km/h dans les rues de Hébron, ont été condamnés à six et quatre ans de prison ferme. Une sanction tardive, excessivement légère et surtout trop rare, selon Iftakh. “Il faut que les Israéliens comprennent que leur tranquillité a un coût moral exorbitant, dit-il. Actuellement, ce sont les jeunes appelés qui le paient. Mais bientôt, c’est toute la société qui sera corrompue.”
Le Monde, 31 mai
lundi 26 mai 2008
La propagande des Forces Canadiennes
C'est la principale conclusion tirée par le journaliste Stephen Thorne, de la Presse canadienne, après avoir analysé le lexique des « Acronymes opérationnels ».
Ce document, non officiel, est compilé par le personnel du quartier général de la Défense nationale et le Centre de commandement et de contrôle.
Cacher la vérité
Selon le journaliste, les stratèges militaires et politiques n'ont de cesse, à l'ère des communications globales instantanées, de fignoler des discours, des communiqués et des réponses toutes faites qui poursuivent deux objectifs:
- masquer la réalité aux Canadiens;
- diminuer l'impact des conflits ayant lieu à l'étranger.
Stephen Thorne cite l'historien Jack Granatstein, pour qui cette réalité a toujours existé. Toutefois, l'historien note que le gouvernement et les militaires allouent plus de personnel à cette tâche. « C'est probablement plus scientifique et mieux fait », dit-il.
Thorne ajoute qu'il existe une longue et riche tradition consistant à employer des termes qui camouflent le caractère extrêmement inhumain de la guerre.
L'art de l'euphémisme
Il en donne quelques exemples:
- un soldat tué au combat n'est pas mort. Il est « tombé » ou « perdu »: ces deux termes remontent à la Première Guerre mondiale;
- les invasions et les guerres sont des « conflits » ou des « interventions militaires ». Ces euphémismes déplaisent aux anciens combattants de la guerre de Corée;
- depuis l'invasion du Kosovo, en 1999, les Canadiens envoyés au combat « rétablissent la paix » par opposition à « maintiennent la paix » ou à l'utilisation des mots guerre ou combat.
- l'expression « dommages collatéraux », désignant les civils tués accidentellement par les bombardements, remonte à la guerre du Vietnam.
- Les soldats tués par des camarades sont des victimes de « tirs amis ».
Les journalistes tenus en laisse
L'art et la science des communications se sont encore raffinés en Afghanistan et en Irak. Stephen Thorne rappelle que les militaires canadiens aussi bien qu'américains tiennent les journalistes en laisse en les intégrant à une unité en patrouille.
L'historien Jack Granatstein affirme que les bonimenteurs (spin doctors) militaires sont en fonction depuis au moins la guerre de Crimée (1853-56) et ne sont pas les seuls responsables de l'intensification de l'utilisation des euphémismes. « C'est le rôle des médias d'interpréter et de rapporter dans une langue « simple » ce qui s'est passé sur le front », dit-il.
Les journalistes intégrés aux troupes risquent de tomber dans une sorte de syndrome de Stockholm, absorbant le jargon qu'ils entendent au quotidien et le régurgitant. — Jack Granatstein, historien |
Selon lui, c'est au journaliste à choisir ses mots pour décrire la réalité. M. Granatstein fait la distinction entre le travail du colonel Untel qui donne un point de presse pour filtrer ce qui est donné à voir et à entendre au public et celui du journaliste. Si ce dernier rapporte seulement le discours du colonel Untel, alors il est fautif.
Les racines de ce vocabulaire
Stephen Thorne poursuit en soulignant que, bien que stratégiquement implantés pour adoucir la réalité, plusieurs de ces termes ont des racines juridiques ou sémantiques. Dans le langage militaire et politique, les combattants ennemis sont devenus des « terroristes », des « insurgés » ou des « militants » pour la simple raison qu'ils ne portent pas d'uniforme. Autrement dit, ils ne sont pas reconnus comme soldats au sens de la Convention de Genève, votée il y a 60 ans.
C'est à cause de ces mêmes accords internationaux sur les lois de la guerre qu'il n'y a pas de « PoWs (prisonniers de guerre) » en Irak ou en Afghanistan.
Dans le lexique politique et militaire, les ennemis capturés n'ont aucun statut de « prisonniers », même si on détient certains d'entre eux sans procès dans une « installation » militaire américaine (comprendre « prison » ) à Guantanamo, depuis plus de 6 ans. On les a transformés en « détenus ».
Victimes ou blessés
Le journaliste se penche aussi sur le vocabulaire employé par le gouvernement et le ministère de la Défense pour parler des « victimes » militaires ( tués ou blessés ). Il note que leurs communiqués donnent rarement de détails et évitent souvent le mot « blessé ».
Thorne relève aussi que les brûlés, paralysés, ceux qui ont perdu un membre ou qui souffrent d'un traumatisme crânien sont tous ramenés à l'état de « blessés ». Quand un soldat meurt, les Forces canadiennes informent les médias que « notre soldat tombé rentre à la maison » quand, en fait, souligne le journaliste, il ne rentrera jamais.
Les engins qui tuent et empoisonnent
La cause Nº 1 des pertes canadiennes en Afghanistan, ce sont les bombes de toutes sortes qui contiennent non seulement des quantités massives d'explosif, mais aussi des clous, des fragments métalliques ou des billes dans le but de tuer au maximum.
Dans certains cas, ces fragments sont enduits d'excréments ou d'autres substances nocives pour que la guérison des survivants soit rendue plus difficile et atroce. Pour désigner ces engins qui tuent au hasard, dit Stephen Thorne, les militaires parlent d'« engins explosifs improvisés » ou de « EEI », un acronyme plus neutre.